Elle ne reçoit habituellement pas le public. Derrière les portes d’Abelé 1757, au 50 rue de Sillery à Reims, se cache pourtant un patrimoine remarquable : deux kilomètres de caves, une histoire débutée au XVIIIe siècle et un lien profond avec la cathédrale. Nous avons eu le privilège de découvrir cette Maison confidentielle aux côtés de son Chef de Caves, Étienne Eteneau.
À quelques pas du centre de Reims, Abelé 1757 cultive une discrétion presque à contre-courant. Aucun circuit de visite, aucune succession de groupes dans ses galeries : la Maison demeure un lieu de travail, de création et de mémoire, exceptionnellement dévoilé à quelques invités.
Cette immersion prend une dimension particulière lorsqu’elle est conduite par Étienne Eteneau. Chef de Caves et gardien du style Abelé, il accompagne chaque cuvée avec une philosophie résumée en quelques mots : « Respecter le passé pour construire le futur. »



Une Maison depuis 1757
Fondée en 1757 par Théodore Vander Veken, Abelé est considérée comme la cinquième plus ancienne Maison de Champagne. Son histoire s’est ensuite écrite à travers plusieurs générations, notamment celles d’Antoine de Muller, de François Abelé et de son fils Henri.
La production reste volontairement limitée, autour de 200 000 bouteilles par an. Une échelle qui permet à Abelé 1757 de revendiquer l’esprit d’une « Maison boutique », avec une équipe resserrée d’une dizaine de personnes et des cuvées élaborées en petites séries.
Cette approche artisanale ne signifie pas pour autant que la technique reste figée. Au contraire, l’innovation accompagne l’histoire de la famille. En 1816, Antoine de Muller, alors Chef de Caves chez Veuve Clicquot-Ponsardin, participe à l’invention de la table de remuage. Plus tard, en 1884, Henri Abelé adopte le dégorgement « à la glace », une technique qui facilite l’extraction du dépôt tout en améliorant les conditions de travail en cave.
Des vins construits dans la précision
Dans les espaces de vinification, les cuves en inox occupent aujourd’hui une place majoritaire. Elles permettent de préserver la personnalité des différents cépages et terroirs avant le travail d’assemblage. Les vielles cuves en ciment sont, quant à elles non actives, mais conservées, patrimoine et héritage de la maison.
Lors des vendanges 2026, particulièrement précoces en Champagne, la réception des vins a commencé dès le 14 août. Chardonnay, pinot noir et meunier composent la palette du Chef de Caves. Les pinots noirs proviennent notamment de Verzy et de Verzenay, sur la Montagne de Reims, tandis que les meuniers trouvent une partie de leur origine dans la Vallée de la Marne.
La Maison travaille avec un cercle restreint de vignerons partenaires, choisis pour la qualité de leurs raisins et la régularité de leur engagement. De la Côte des Blancs à la Montagne de Reims, de la Vallée de la Marne aux Coteaux des Riceys, chaque origine apporte sa nuance à l’assemblage.
Étienne Eteneau poursuit ce travail en restant attentif à l’évolution des attentes. Les dosages sont ainsi ajustés avec précision afin de conserver l’identité historique de la Maison tout en proposant des champagnes plus contemporains.






Deux kilomètres sous Reims
Il faut ensuite descendre à près de 25 mètres sous la surface pour mesurer toute la singularité du lieu. La température se stabilise autour de 14 °C, dans une obscurité et une humidité favorables au lent vieillissement des bouteilles.
Installée rue de Sillery depuis 1880, la Maison repose sur un réseau d’environ deux kilomètres de caves creusées dans la craie. Une trentaine de galeries s’organisent autour d’un long corridor. Le silence, la fraîcheur et les alignements de bouteilles donnent ici toute sa réalité à la signature d’Abelé : « Prendre le temps ».
Les cuvées bénéficient généralement d’au moins quatre années de vieillissement. Pendant cette période, les vins gagnent progressivement en équilibre, en texture et en complexité. Une maturation prolongée qui tient une place centrale dans le style recherché par la Maison.
Au fil des galeries apparaît également l’œnothèque, véritable mémoire liquide d’Abelé 1757. Son plus ancien millésime remonte à 1929. Ces bouteilles anciennes témoignent des vendanges successives, mais aussi de la capacité des grands champagnes à traverser les décennies.















Henri Abelé et la cathédrale de Reims
L’histoire d’Abelé ne peut être séparée de celle de Reims et de sa cathédrale. Henri Abelé, qui reprend la Maison familiale en 1876, fut l’un des mécènes engagés dans la vie de la cité. Avant la Première Guerre mondiale, il avait notamment offert à la ville une statue de Jeanne d’Arc.
En septembre 1914, l’incendie de la cathédrale provoque d’immenses dégâts. Parmi les sculptures mutilées figure l’ange du portail nord, décapité lors du bombardement et bientôt érigé en symbole de la ville meurtrie.
Henri Abelé finance intégralement sa restauration. La figure, désormais connue sous le nom d’Ange au Sourire, devient l’incarnation de la résistance et de la renaissance de Reims. Au lendemain de la guerre, le négociant imagine également une marque de champagne destinée à contribuer au financement de la reconstruction de l’édifice et de ses statues : Le Sourire de Reims.
Cette histoire se prolonge aujourd’hui à travers les cuvées de prestige Sourire de Reims, dont le flacon porte l’effigie de l’ange. Bien davantage qu’une référence patrimoniale, ce nom rappelle l’engagement d’une famille envers sa ville.
Une collection volontairement resserrée
La gamme Abelé 1757 traduit cette volonté de produire peu, mais avec précision. Elle rassemble notamment le Brut, le Rosé, le Blanc de Blancs, le Brut Millésimé ainsi que les deux expressions de prestige Sourire de Reims, en brut et en rosé.
Chaque cuvée traduit une facette du style de la Maison : fraîcheur et vivacité pour le Brut, richesse alliée à la tension pour le Blanc de Blancs, profondeur des années pour les millésimes et expression plus rare encore avec Le Sourire de Reims.
À l’écart des grands parcours œnotouristiques rémois, Abelé 1757 demeure ainsi une Maison secrète. Une adresse que l’on ne visite pas, mais dont les caves, les vins et l’histoire racontent plus de deux siècles et demi de Champagne. Cette découverte privilégiée auprès d’Étienne Eteneau nous aura permis d’entrer dans un univers où le temps n’est pas une contrainte : il est la première matière de chaque cuvée.
Infos pratiques
Champagne Abelé 1757
50, rue de Sillery
51100 Reims
La Maison ne propose pas de visites au public.
Site officiel : www.abele1757.fr
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
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FAQ
Peut-on visiter les caves d’Abelé 1757 ?
Non. La Maison ne propose pas de visites régulières au public. Ses caves restent avant tout un lieu de production, de maturation et de conservation.
Où se trouve la Maison Abelé 1757 ?
Elle est installée au 50 rue de Sillery, à Reims, depuis 1880.
Qui est le Chef de Caves d’Abelé 1757 ?
Étienne Eteneau est le Chef de Caves de la Maison. Il veille à la continuité du style Abelé tout en adaptant notamment le dosage des cuvées aux attentes contemporaines.
Quelle est la profondeur des caves Abelé ?
Les caves descendent à près de 25 mètres sous la surface. La température y demeure proche de 14 °C.
Quelle est la longueur des caves ?
Le réseau souterrain représente environ deux kilomètres et comprend une trentaine de galeries.
Quel est le plus ancien millésime conservé dans l’œnothèque ?
Le plus ancien millésime conservé dans l’œnothèque de la Maison date de 1929.
Quel lien unit Abelé 1757 à l’Ange au Sourire ?
Henri Abelé a financé la restauration de cette sculpture de la cathédrale Notre-Dame de Reims, décapitée lors de l’incendie de 1914. Cette histoire est aujourd’hui prolongée par la cuvée de prestige Le Sourire de Reims.