Jeudi soir, à la Demeure des Comtes de Champagne à Reims, propriété de Taittinger, l’agence PACE Architectes inaugurait l’exposition de ses trente ans. Une table de plus de 9 mètres chargée de maquettes, quatre discours portés par la famille Pace, et une salle remplie de ceux qui ont construit cette histoire avec eux. Le genre de soirée où l’on comprend, enfin, ce que signifie vraiment bâtir une région.
Neuf mètres. C’est la mesure de la table installée au centre de la Demeure des Comtes de Champagne ce jeudi soir. Dessus, trente maquettes alignées, toutes à la même échelle, fabriquées ces dernières semaines par les équipes de PACE Architectes — modélisation, impression 3D, assemblage, finition, peinture. Près de 1 000 heures de travail. Autour de cette table, des invités qui ont, pour beaucoup, vécu l’un de ces projets de l’intérieur. Clients, élus, partenaires, artisans, bureaux d’études. Trente ans de Champagne construite, réunis dans un même espace pour la première fois.
L’agence rémoise PACE Architectes, fondée en 1996 par Giovanni Pace au 7 rue Kellermann à Reims, célébrait ce soir-là ses trente ans d’existence avec une exposition ouverte également au public les vendredi et samedi. Quatre membres de la famille ont pris la parole. Chacun à sa façon. Et l’ensemble a dit quelque chose de rare sur ce métier.



Hugo Pace : l’architecture comme héritage vivant
C’est Hugo Pace, fils de Giovanni, architecte du patrimoine et co-gérant de l’agence depuis onze ans, qui a ouvert la soirée. « Notre métier commence toujours par l’écoute des besoins de nos clients, de leurs envies et parfois même de leurs rêves. » Une évidence, formulée avec conviction. Il a aussi mis des mots sur la temporalité propre à l’architecture — celle qui « traverse les années sans céder aux effets de mode » — et sur l’exigence que cela suppose dans chaque choix de matière, de ligne, d’implantation.
En effet, Hugo a insisté sur un point qui distingue PACE Architectes dans le paysage architectural champenois : la capacité à intervenir sur des contextes patrimoniaux complexes sans en trahir l’esprit. Une compétence ancrée dans l’histoire de l’agence, renforcée depuis 2023 par le titre d’Architecte du Patrimoine obtenu par Hugo après sa formation à l’École de Chaillot.
Le prix Pierre Cheval de l’environnement, attribué par la mission Coteaux, Maisons et Caves au patrimoine mondial de UNESCO, a récompensé quatre des projets réalisés en 2016, 2019, 2023, et 2026 par le cabinet Pace Architectes.
Le site de Montaigu à Oiry, réalisé pour Moët & Chandon, est aujourd’hui honoré du label « Architecture contemporaine remarquable ». Et le très médiatisé « Royal Champagne hôtel & Spa» devenu « Palace » cette semaine, compte lui aussi de nombreuses distinctions.
Lisa Pace : les chiffres comme récit
Master en hospitality management, elle dirige l’administration de l’agence depuis neuf ans avec, comme elle le dit elle-même, « davantage d’aise avec les chiffres » que avec les plans. Et les chiffres qu’elle a posés ce soir-là méritaient d’être entendus.
Plus de 400 études dessinées depuis 1996. 280 projets construits. Un seul démoli — dont l’identité restait à trouver sur les panneaux, jeu lancé à la salle. En termes de volume : 600 millions d’euros de travaux, 480 000 mètres carrés bâtis. Soit, pour donner une échelle concrète, 77 terrains de football ou 385 piscines olympiques. Soixante-quinze salariés se sont succédé pour dessiner tous ces traits en trente ans.
Ensuite, Lisa a précisé les coulisses de l’exposition elle-même : deux imprimantes 3D tournant jour et nuit, sept personnes mobilisées dans les derniers jours pour les finitions. « Cette histoire, nous avons vraiment à cœur de la partager avec vous, soir après soir », a-t-elle ajouté — l’événement se déroule sur quatre soirées et deux journées publiques, pour un total attendu de près de 500 invités.






Anna Pace : sensibilité et engagement
Anna, architecte certifiée conceptrice de bâtiments à énergie passive, a rejoint l’agence il y a quatre ans. Dans son intervention, elle a rappelé ce qui structure profondément le travail de PACE Architectes depuis ses débuts : l’écoute.
Anna a choisi de parler du livre édité pour l’occasion — « PACE Architectes au travail » — réalisé avec les éditions Sautereau et Archibooks, et le studio Hudson-Cathy pour le graphisme. Un objet pensé, dit-elle, autour de trois thèmes fondateurs : le temps, le dialogue entre architecture et paysage, et la composition avec les architectures patrimoniales existantes.
Derrière ces trois axes, une philosophie d’agence que Anna a formulée avec netteté : « Nous cherchons à imaginer des lieux durables, respectueux de leur environnement, où les matériaux sont mis en valeur par des lignes simples. Une architecture qui s’implique dans le paysage avec respect et qui traverse le temps sans perdre son existence. »
De plus, elle a rappelé que ce livre n’aurait pas existé sans Joseph Abraham, architecte et professeur, qui en a rédigé la préface. Et Anna a conclu en s’adressant directement à son père, devant toute la salle : « Merci pour cette passion que tu as su transmettre, non seulement à tes enfants, mais aussi à tous ceux qui contribuent à faire vivre cette belle aventure. »
Giovanni Pace : conversation avec le temps
Giovanni Pace a pris la parole en dernier. Fondateur, soixante ans cette année, cinquante ans passés aux côtés de l’architecture selon ses propres mots. Il n’a pas fait de discours au sens conventionnel. Il a partagé trois réflexions, l’une après l’autre, avec la tranquillité de quelqu’un qui n’a plus rien à prouver.
La première, sur l’agence comme artisanat : « Nous avons travaillé comme des artisans de l’architecture, où l’idée née de l’esprit passe par la main, puis devient réalité. » Une définition qui tranche avec les postures habituelles du milieu. Elle dit quelque chose de concret sur la façon dont les projets naissent rue Kellermann.
La deuxième, sur les origines. Ses parents avaient quitté leur pays sans certitudes. « L’inconnu et le sacrifice étaient parfois le prix de l’espérance. » Ils lui ont transmis la valeur du travail, le respect des autres, et cette sagesse qu’il a citée mot pour mot : « Une main ne se lave jamais seule » Dans une salle remplie de partenaires de longue date, la formule a sonné juste.
La troisième réflexion, qu’il a appelée lui-même « conversation avec le temps », était la plus personnelle. À 60 ans, après trente ans d’agence, il pose les questions que l’on reporte à plus tard : Combien de temps ce plaisir va-t-il durer ? Combien de temps me reste-t-il ? Non pas avec inquiétude, mais avec cette lucidité que donnent les décennies. « J’ai l’impression d’être à l’aube d’une nouvelle maturité, un moment où l’on possède suffisamment d’expérience pour comprendre plus vite, et encore assez d’énergie pour entreprendre encore mieux. »
Sa conclusion a fermé la soirée sur une phrase que l’on n’oublie pas facilement : « La véritable richesse, ce n’est pas de gagner du temps, mais de savoir le donner. C’est peut-être ça, l’architecture. Peut-être que c’est d’essayer de laisser une trace discrète de notre existence. »
L’exposition reste ouverte ce vendredi 5 et samedi 6 juin 2026, de 10h à 16h30, à la Demeure des Comtes de Champagne, 20 rue du Tambour à Reims. Trente maquettes, douze panneaux photographiques, trois décennies de projets champenois à parcourir librement. Entrée gratuite sur inscription préalable.
Que l’on soit passionné d’architecture, professionnel du bâtiment, ou simplement curieux de comprendre comment cette région s’est construite depuis trente ans — c’est une visite qui vaut le déplacement.
Trente ans d’une agence familiale ancrée à Reims, ça ressemble à ça : une table de plus de 9 mètres fabriquée à la main, quatre voix qui se passent le relais, et des mots qui disent sans détour ce que l’architecture coûte et ce qu’elle donne. PACE Architectes n’a pas construit des bâtiments génériques. Elle a construit en Champagne, pour la Champagne, avec ceux qui la font vivre. Ce soir-là, ça se sentait dans chaque phrase.
Plus d’informations
Exposition PACE Architectes – 30 ans
5 et 6 juin 2026 — de 10h à 16h30
Demeure des Comtes de Champagne – 20 rue du Tambour, Reims
Entrée gratuite — inscription préalable obligatoire
🌐 www.pace.archi























