Un déjeuner champenois généreux, des échanges entre Italiens et Champenois, puis la descente dans une cave où des Barolos de légende attendaient depuis des décennies qu’on les déguste. Il ne manquait qu’une intronisation surprise pour que la journée devienne inoubliable.
La dégustation de Barolo organisée dans les caves de La Conciergerie du Champagne, au Mesnil-sur-Oger, n’était pas un événement pensé pour faire du bruit. C’était une réunion entre passionnés, construite dans la discrétion et l’exigence, loin des salons officiels et des catalogues de prestige. Pourtant, ce qui s’est joué ce jour-là restera, pour ceux qui y étaient, comme une référence.
Deux vins que les amateurs appellent « sacrés », le Champagne et le Barolo. Deux cultures que tout rapproche quand on les écoute vraiment. Et au centre, un homme qui sait recevoir.



Bertrand Agutte et la Conciergerie du Champagne : l’art de l’accueil
Au Mesnil-sur-Oger, l’un des grands crus les plus respectés de la Côte des Blancs, Bertrand Agutte a construit une adresse singulière. La Conciergerie du Champagne est un espace de sélection et de transmission, entièrement dédié aux champagnes et aux vins millésimés — cuvées rares, bouteilles introuvables sur le marché courant, trésors que l’on cherche parfois longtemps avant de les dénicher.
Bertrand Agutte n’est pas un marchand de vins au sens classique du terme. C’est un passeur. Quelqu’un qui connaît les caves comme d’autres connaissent leurs bibliothèques. Avec précision, générosité et cette capacité rare à transformer une rencontre autour d’un verre en moment de partage véritable.
Ce jour-là, ses caves allaient accueillir des invités de choix. Mais avant d’y descendre, il fallait d’abord se retrouver à table.
Le déjeuner : la Champagne dans toute sa générosité
La journée a commencé autour d’un déjeuner que l’on qualifierait volontiers de « frugal » — si le mot pouvait s’appliquer à une table aussi soignée.
Huîtres et thon pour ouvrir, avec ce qu’il faut d’iode et de fraîcheur pour que le Champagne trouve immédiatement sa place. Ensuite, une côte de bœuf servie avec la décontraction d’une table entre amis, accompagnée de fromages choisis avec soin. Rien de superflu. Tout à sa juste place.
Autour d’un parmesan d’exception — ce fromage dont la profondeur umami entre en résonance parfaite d’ailleurs avec le tanin du Nebbiolo, quelques gouttes d’un vieux balsamique de 50 ans d’âge, venu lui aussi de la région de Parme, qui suffisent à transformer un plat en expérience sensorielle totale.
C’est sur cette table que Champagne et gastronomie ont joué leur rôle d’ambassadeurs. Car avant de parler de Barolo, il fallait d’abord faire comprendre aux convives italiens ce que la Champagne sait offrir — pas seulement dans les verres, mais aussi dans l’assiette et dans l’esprit de ses habitants.
En Champagne, on sait recevoir. Ce n’est pas une formule. C’est une pratique. C’est cela, l’art de recevoir à la champenoise : savoir que la simplicité bien choisie vaut toutes les complications. Savoir que la qualité d’un produit n’a pas besoin d’artifice. Et savoir que le meilleur accord, c’est souvent celui que l’on partage dans la joie.












Italiens et Champenois : une conversation à hauteur de verre
Autour de la table, les échanges allaient bien au-delà du vin. Roberto Barchi, de Old Wines Reggio Emilia, grand spécialiste des vieux millésimes italiens établi dans la région de Parme, apportait avec lui la culture du Piémont, ses références, sa mémoire des grandes années. À ses côtés, Marco Pozzali — importateur, auteur reconnu, fin connaisseur de la Champagne — incarnait ce lien rare entre deux territoires viticoles d’exception.
De part et d’autre de la table, les conversations touchaient à tout : à la vigne, au territoire, à la cuisine, à l’histoire. Ces échanges entre Italiens et Champenois avaient cette fluidité propre aux gens qui partagent les mêmes valeurs — même quand ils ne partagent pas la même langue.
Puis Bertrand Agutte a dit : « On descend ? »
La descente en cave : là où le temps s’arrête
Il y a quelque chose de particulier dans le fait de descendre dans une cave pour déguster de grands vins. Le bruit s’éteint. La lumière change. La température baisse légèrement. Et les bouteilles, alignées dans l’obscurité, semblent attendre depuis toujours ce moment précis.
Dans les caves de la Conciergerie du Champagne, la dégustation de Barolos a pris une toute autre dimension. Les verres de Champagne du déjeuner avaient ouvert l’appétit et mis les esprits en éveil. Désormais, c’était le Barolo qui prenait la parole.
Des millésimes de légende : de 1937 à 1982
Pour cette dégustation de Barolos , les bouteilles ouvertes ce jour-là n’étaient pas des vins ordinaires. Roberto Barchi, spécialiste des vieux millésimes établi dans la région de Parme, avait apporté une sélection qui force le respect :
- Barolo 1937 — une bouteille dont l’âge dépasse les quatre-vingt-cinq ans. Exceptionnel est le mot. Pas seulement comme superlatif, mais comme description précise de ce que ressent un palais face à un tel vin.
- Barolo 1958 — une autre époque, un autre monde, et pourtant une présence dans le verre qui parle encore avec autorité.
- Barolo 1961 — millésime mythique dans de nombreuses régions viticoles, ici aussi d’une grande tenue.
- Barolo 1971 — plus accessible dans son expression, magnifique dans sa complexité aromatique.
- Barolo 1978 — une année charnière, toujours vibrante.
- Barolo 1982 — le plus « jeune » de la sélection, et pourtant déjà habité d’une belle profondeur.
Déguster ces vins, c’est traverser un demi-siècle d’histoire italienne dans un verre. C’est comprendre pourquoi le Barolo est considéré comme l’un des plus grands vins du monde.












Roberto Barchi et Marco Pozzali : deux ambassadeurs du grand vin
Derrière ces bouteilles exceptionnelles, il y a des hommes. Roberto Barchi, de Old Wines Reggio Emilia, est l’un de ces rares spécialistes capables de retrouver, de préserver et de partager des vins que le temps a rendus introuvables. Sa connaissance des vieux millésimes italiens est profonde, sa passion communicative.
À ses côtés, Marco Pozzali incarne une autre dimension du monde du vin : celle de l’écriture et de la transmission. Importateur, auteur et grand spécialiste des vins, des champagnes et du terroir champenois, Marco Pozzali a signé des ouvrages de référence qui font autorité dans le monde des amateurs éclairés.
Son livre « 199 vini straordinari — Un viaggio alla ricerca della bellezza » est une traversée littéraire et sensorielle de ce que le vin peut offrir de plus beau. « La Grammatica del Vino » est quant à lui un guide à la fois pédagogique et poétique, qui réconcilie les néophytes et les connaisseurs autour d’un même amour du breuvage. Ces deux titres sont disponibles en version numérique.
Marco Pozzali connaît la Champagne avec une intimité rare pour un auteur non champenois. Cette région, il la fréquente, l’étudie, l’écrit. Et c’est précisément ce lien profond avec le territoire qui donnera à la soirée une dimension supplémentaire, totalement inattendue.
L’intronisation : Marco Pozzali rejoint la Confrérie de l’ARC
La soirée aurait pu s’arrêter là, déjà comblée. Mais c’est à ce moment que l’inattendu est entré en scène.
Marco Pozzali a été intronisé, le soir même, à la Confrérie de l’ARC — Confrérie de Saint-Vincent du Mesnil-sur-Oger, fondée en 1843. Cette confrérie est l’héritière d’une tradition qui remonte bien plus loin encore : celle des Chevaliers de l’Arc, les archets de 1508, dont la devise traversait les siècles avec une élégance non dépourvue d’humour : « franc buveur dont la main ne tremble pas ».
Être intronisé dans cette confrérie, c’est recevoir un titre qui dépasse la simple reconnaissance. C’est être accueilli dans une communauté dont les racines plongent dans plusieurs siècles d’histoire champenoise. C’est appartenir, d’une certaine manière, à la mémoire vivante d’un territoire.
Pour Marco Pozzali, auteur qui a consacré une partie de son œuvre à la Champagne, cette intronisation prenait une résonance particulière. Elle était à la fois une surprise et une évidence.
Le grand vin n’a pas de frontières
Il y a des journées qui condensent ce que la vie a de meilleur. Huîtres et Champagne pour commencer. Des conversations qui traversent les cultures. Et au fond d’une cave, des Barolos de 1937 qui prouvent, s’il en était encore besoin, que le grand vin traverse les siècles quand il est fait avec soin et conservé avec amour.
La dégustation Barolo & Champagne au Mesnil-sur-Oger était tout cela à la fois. Un dialogue entre deux vins sacrés, porté par des hommes qui leur ressemblent — patients, exigeants, généreux.
Et quelque part dans les caves de la Conciergerie du Champagne, une bouteille de 1937 a peut-être souri.
C’est exactement cela, l’art de vivre à la champenoise.
Plus d’informations
La Conciergerie du Champagne — Bertrand Agutte
Le Mesnil-sur-Oger (51190)
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📚 Œuvres de Marco Pozzali :















